Guide pratique pour concevoir votre propre ETF
Sommaire7 sections
Monter son propre ETF, c'est le genre de projet dont on parle volontiers entre gens qui suivent les marchés. Sur le papier, la recette tient en quatre lignes : un indice, un dépositaire, un prospectus, une cotation. Dans la vraie vie, le ticket d'entrée se compte en centaines de milliers d'euros et la procédure devant le régulateur en mois, pas en semaines.
Autant le dire avant que vous ne perdiez du temps : si votre but est de « fabriquer votre ETF » pour placer 20 000 euros selon vos convictions, ce n'est pas le bon outil. Un portefeuille de titres détenus en direct, ou un panier de trackers déjà cotés, fera exactement le même travail sans un centime de frais de structure. Créer un fonds coté commence à se tenir quand vous gérez l'argent des autres, quand vous avez repéré un indice que personne ne couvre, et quand vous pouvez collecter quelques dizaines de millions d'euros dans les deux premières années.
Ce guide décrit la chaîne réelle, dans l'ordre où elle se déroule, sans faire semblant que c'est une formalité.
Un ETF est d'abord une usine juridique

Un ETF est un fonds d'investissement dont les parts se négocient en continu sur un marché boursier, au lieu de s'acheter une fois par jour à la valeur liquidative comme un fonds classique. La plupart suivent un indice. Cette cotation permanente repose sur une plomberie que l'investisseur final ne voit jamais : des participants autorisés qui créent et détruisent des blocs de parts en échange de paniers de titres, un teneur de marché qui affiche en permanence un prix d'achat et un prix de vente, un dépositaire qui conserve les actifs.
Cette mécanique explique pourquoi le prix du tracker colle à la valeur de son panier. Elle explique aussi pourquoi vous ne pouvez pas la bricoler : chacun de ces acteurs est un prestataire agréé qu'il faut contractualiser, et payer.
Décider ce que le fonds réplique, avant tout le reste
Trois questions décident de la suite. Suivez-vous un indice existant, sous licence ? Construisez-vous votre propre indice ? Et sur quels actifs : actions, obligations, matières premières, un mélange ?
Prendre une licence sur un indice connu coûte cher et se paie souvent en pourcentage des encours, avec un minimum annuel qui tombe même si le fonds ne collecte rien. Fabriquer son indice évite cette facture mais en crée une autre : il faut un calculateur indépendant, une méthodologie écrite, publiée, et tenue. On ne change pas ses règles parce qu'un titre baisse.
Le choix des actifs conditionne aussi le mode de réplication. Un indice large et liquide se réplique physiquement, en achetant les titres. Un indice exotique, peu liquide ou difficile d'accès passe souvent par un swap, ce qui ajoute un risque de contrepartie que le prospectus devra détailler.
Les frais décident de la survie du produit
Le marché des trackers actions larges se joue aujourd'hui autour de 0,05 % à 0,25 % de frais annuels. Difficile d'arriver en face avec 0,80 % et un argumentaire. Sur une niche que personne ne couvre, vous avez de la marge ; sur du S&P 500, vous n'en avez aucune.
Le calcul à faire est simple et brutal. Vos frais fixes annuels, divisés par le taux de frais que le marché tolère, donnent l'encours minimum sous lequel le fonds perd de l'argent. Avec 150 000 euros de coûts fixes et 0,20 % de frais, il faut 75 millions d'euros d'encours pour atteindre l'équilibre. La plupart des sociétés de gestion acceptent de porter ce déficit deux ou trois ans, puis ferment.
À ces frais de gestion s'ajoutent les coûts de transaction du fonds lui-même, les frais de licence et, du côté de l'investisseur, le spread affiché par le teneur de marché. Un tracker peu échangé peut afficher des frais réduits et coûter cher à l'achat.
Personne ne lance ça seul
Il existe deux routes. Créer votre propre société de gestion, agréée, avec ses fonds propres réglementaires, ses dirigeants approuvés, son contrôle interne : comptez un an et un budget conséquent. Ou passer par une plateforme dite en marque blanche, qui héberge votre fonds dans sa structure existante, s'occupe de l'agrément, du dépositaire et du reporting, et prélève sa part.
La seconde voie fait perdre en marge ce qu'elle fait gagner en temps. Pour un premier produit, elle est presque toujours la bonne. Vous gardez la main sur la stratégie et sur la distribution, qui sont les deux seules choses qui vous appartiennent vraiment.
Le régulateur lit vraiment le prospectus
Le dossier déposé décrit la politique d'investissement, la méthode de réplication, le profil de risque, les frais réels, les conflits d'intérêts et la manière dont le fonds sera valorisé. À côté du prospectus, le document d'informations clés au format européen impose de résumer tout cela en trois pages, avec un indicateur de risque et des scénarios de performance calculés selon une méthode imposée.
Les allers-retours avec le régulateur portent rarement sur la stratégie et presque toujours sur la précision de la rédaction. Une phrase floue sur la gestion du collatéral ou sur l'écart de suivi autorisé vous vaudra une demande de complément, et six semaines de plus.
La cotation ne règle rien
Le jour où le fonds s'affiche sur Euronext, le travail change de nature. Il faut publier la valeur liquidative chaque jour, la composition du portefeuille, surveiller l'écart de suivi par rapport à l'indice, gérer les dividendes, produire le reporting réglementaire et répondre aux investisseurs.
Il faut surtout collecter. Un tracker sans encours affiche des volumes minces, donc un spread large, ce qui décourage les acheteurs, ce qui maintient les encours bas. Cette spirale se casse par la distribution : référencement en assurance vie, accords avec des conseillers en gestion de patrimoine, présence chez les courtiers. C'est un métier commercial, très éloigné de l'analyse financière qui vous a donné l'idée du fonds.
Questions fréquentes
Un particulier peut-il créer un ETF ? Juridiquement, il faut une société de gestion agréée, donc non en direct. On passe par une plateforme d'hébergement de fonds, et le budget reste hors de portée d'un projet personnel.
Faut-il un indice existant ou un indice maison ? Un indice sous licence rassure les distributeurs mais coûte un pourcentage des encours avec un minimum annuel. Un indice maison supprime cette dépense et impose une méthodologie publiée, calculée par un tiers indépendant.
Quel encours faut-il viser ? Divisez vos coûts fixes annuels par le taux de frais que le marché accepte. En dessous de 50 à 100 millions d'euros, la plupart des trackers ne couvrent pas leurs frais.
Combien de temps dure la procédure ? Six à douze mois avec une structure d'accueil existante. Deux ans si vous créez votre société de gestion en même temps.
Que se passe-t-il si le fonds ne collecte pas ? Il est fermé et liquidé, généralement au bout de deux à trois ans. Les porteurs récupèrent la valeur liquidative, mais ils ont supporté un spread élevé pendant toute la vie du produit.
Résumer cet article avec :