Revivez les Moments Forts de l'AutomationDay à Lyon

Sommaire7 sections
  1. 01Un programme sans démonstration produit, ce n'est pas anodin
  2. 02Le nurturing contre le téléphone, une querelle jamais close
  3. 03Le « marketing émotionnel », ou l'aveu d'un secteur
  4. 04La conformité, promue du service juridique à la salle d'atelier
  5. 05Le portefeuille client, sujet peu vendeur et souvent plus rentable
  6. 06Le silo entre marketing et ventes, ce marronnier qui résiste
  7. 07Ce qu'on retire réellement de ce genre de journée

Autant le dire tout de suite : je n'étais pas dans la salle. Ce texte n'est pas un compte rendu de journée, il n'y aura ici ni verbatim, ni ambiance de couloir, ni nombre d'inscrits. Ce que j'ai sous les yeux, c'est la trace écrite d'une édition lyonnaise d'AutomationDay, tenue en 2018 : une liste d'intitulés d'ateliers et une intention affichée par les organisateurs, celle de parler de pratique plutôt que de produits.

C'est peu, et c'est déjà instructif. Un programme d'événement professionnel est un document révélateur, parce qu'il dit ce qu'un secteur croit devoir expliquer à un moment donné. On y lit les questions que les praticiens n'ont pas encore réglées, les mots qu'ils viennent d'adopter, et parfois ceux qu'ils commencent à abandonner.

Ce qui suit part donc de ces intitulés pour parler des sujets eux-mêmes. Pas de la journée, des thèmes.

Un programme sans démonstration produit, ce n'est pas anodin

Le parti pris annoncé pour cette édition tenait en une phrase : pas d'autopromotion des outils, y compris ceux de l'organisateur. Dans un secteur où les rencontres professionnelles servent traditionnellement de vitrine commerciale, ce choix mérite d'être relevé.

Il répond à une objection que tout le monde connaît dans ce métier. Une entreprise achète une plateforme, assiste à la démonstration, signe, et se retrouve devant une interface vide en se demandant par où commencer. Le logiciel n'a jamais été le problème. Le problème, c'est de savoir quoi automatiser, dans quel ordre, avec quels textes, et qui s'en occupe le lundi matin.

Un événement qui met la démonstration de côté fait donc un pari raisonnable : les participants ont déjà des outils, ce qui leur manque, c'est la méthode. Ce pari reste d'actualité, et je dirais même qu'il l'est davantage aujourd'hui, la disponibilité des plateformes ayant encore augmenté pendant que la disponibilité des équipes, elle, n'a pas bougé.

Le nurturing contre le téléphone, une querelle jamais close

Parmi les sujets annoncés figurait le rapport entre le nurturing et la prospection téléphonique. Le mot nurturing désigne le fait d'entretenir une relation avec un contact qui n'est pas prêt à acheter, en lui envoyant régulièrement quelque chose d'utile jusqu'à ce que son besoin se réveille.

Posé comme cela, le sujet paraît technique. Il ne l'est pas. Derrière, il y a une question de territoire qui traverse toutes les entreprises où coexistent un service marketing et une force de vente : qui garde le contact tant qu'il n'est pas mûr ? Les vendeurs considèrent souvent qu'un contact leur appartient dès qu'il a levé la main. Le marketing estime qu'un appel prématuré grille une relation qui aurait abouti six mois plus tard.

Les deux ont raison une fois sur deux, et aucune plateforme ne tranchera à leur place. La seule sortie que j'aie vue fonctionner consiste à écrire ensemble, noir sur blanc, ce qui fait qu'un contact passe d'un camp à l'autre. C'est une négociation, pas un paramétrage.

Le « marketing émotionnel », ou l'aveu d'un secteur

Un autre intitulé annonçait la montée du marketing émotionnel et une réflexion sur le commercial du vingt et unième siècle. Ce genre de formulation prête à sourire, et pourtant elle dit quelque chose de précis sur la période.

Le métier venait de passer plusieurs années à tout convertir en chiffres : scores, taux, tableaux de bord, tunnels. Quand un secteur se met à parler d'émotion dans ses programmes, c'est en général qu'il vient de constater les limites de sa propre mécanique. Les scores prédisent mal, les segments démographiques n'expliquent pas les décisions, et une bonne partie de ce qui déclenche un achat professionnel reste opaque : la confiance dans une personne, une mauvaise expérience passée, le calendrier interne d'un client.

Je resterais prudent sur la portée de ce genre d'atelier. Parler d'émotion ne suffit pas à en tenir compte, et la plupart des systèmes continuent de traiter les contacts comme des lignes de tableur. Mais le retour du sujet dans les programmes signale au moins qu'une partie du métier a cessé de croire que tout se modélise.

La conformité, promue du service juridique à la salle d'atelier

La présence de la protection des données au programme s'explique par la date : le règlement européen était entré en application quelques mois plus tôt, et les équipes marketing découvraient qu'un sujet longtemps délégué aux juristes touchait désormais leur travail quotidien.

Ce déplacement est durable. Les questions de consentement, de durée de conservation et de but d'un traitement se posent au moment où l'on dessine un parcours automatisé, pas après. Un scénario qui exploite un comportement de navigation pour relancer quelqu'un pose une question de fond, et la poser trois mois après la mise en service coûte toujours plus cher.

Ce que ces ateliers ont probablement échoué à faire, c'est convaincre que la conformité pouvait être autre chose qu'une case à cocher. Sept ans après, on trouve encore beaucoup de bases de contacts constituées dans le flou et de mentions recopiées sans être comprises.

Le portefeuille client, sujet peu vendeur et souvent plus rentable

Un atelier portait sur le développement du chiffre d'affaires par le portefeuille client existant. C'est le sujet le moins spectaculaire du programme et probablement celui qui aurait mérité le plus de temps.

L'automatisation se vend d'ordinaire sur l'acquisition : capter des contacts, les qualifier, les transformer. Or, dans beaucoup d'entreprises, les données les plus riches concernent des gens qui ont déjà acheté. On sait ce qu'ils ont pris, quand, à quelle fréquence, ce qu'ils n'ont jamais essayé. Ces informations dorment dans un système de gestion pendant qu'on dépense pour attirer des inconnus dont on ne sait rien.

Un scénario de réachat ou de renouvellement se construit souvent plus vite qu'une campagne d'acquisition, avec un taux de réponse sans commune mesure. Il a un défaut rédhibitoire pour un programme d'événement : il ne fait pas rêver.

Le silo entre marketing et ventes, ce marronnier qui résiste

La collaboration entre les deux services figurait aussi au programme, comme dans à peu près tous les événements du secteur depuis vingt ans. Le fait qu'un sujet revienne indéfiniment indique rarement qu'il est mal traité par les intervenants. Il indique plutôt qu'il n'a pas de solution technique.

Les deux services ne mesurent pas la même chose, ne sont pas payés sur les mêmes critères, et n'ont pas le même horizon de temps. Un outil partagé ne change rien à cela. Ce qui bouge, quand quelque chose bouge, c'est une décision d'organisation : un objectif commun, une définition écrite de ce qu'est un contact transmissible, une réunion courte et régulière où l'on regarde ensemble ce qui s'est passé.

Ce qu'on retire réellement de ce genre de journée

Une remarque personnelle pour finir. La valeur d'un événement professionnel de ce type ne se trouve presque jamais dans le contenu des ateliers, qui recoupe ce qu'on peut lire par ailleurs. Elle se trouve dans les conversations entre deux sessions, avec quelqu'un qui a le même problème que vous et l'a résolu autrement, ou qui a échoué et accepte de le raconter.

C'est aussi pour cette raison qu'un programme se lit bien à distance, comme un état des lieux, mais remplace mal la journée elle-même. Les intitulés disent de quoi on parlait en 2018 : de méthode plutôt que de logiciel, de relation plutôt que de tunnel, de conformité devenue quotidienne. Sur ces trois points, le décalage avec ce dont on parle aujourd'hui est plus faible qu'on ne l'imagine.

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